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La croyance relative à Charles-le-Chauve


Charles-le-Chauve est le deuxième du nom de Charles parmi les rois de France. Il eut la vision suivante, dont on prétend qu'il a éprit lui-même le détail.


La vision de Charles-le-Chauve

La nuit d'un dimanche au retour des matines, comme il allait se reposer, une voix terrible vint frapper à ses oreilles: « Charles, lui, dit cette voix, ton esprit va sortir de ton corps. Tu viendras et verras les jugements de Dieu, qui te serviront ou de préservatif ou de présage. Ton esprit, néanmoins, te sera rendu quelque temps après. » A l'instant il fut ravi en esprit. celui qui l'enleva était d'une blancheur éclatante. Il lui mit dans la main un peloton de fil qui jetait une lumière extraordinaire: « Prends ce fil, lui dit-il, et rattache fortement au pouce de la main droite, par ce moyen je te conduirai dans les labyrinthes infernaux, séjour de peines et de souffrances. » Aussitôt le guide marcha devant lui avec vitesse, en dévidant le peloton de fil lumineux. Il le conduisit dans des vallées profondes remplies de feux et pleines de puits enflammés, où l'on voyait bouillir de la poix, du soufre, du plomb, de la cire et d'autres matières.
« Je remarquai, dit le monarque, des prélats qui avaient servi mon père et mes aïeux. Quoique tremblant, je ne laissai pas de les interroger pour apprendre d'eux quelle était la cause de leurs tourments. Ils me répondirent: « Nous avons été les officiers de votre père et de vos aïeux. Et au lieu de les porter porter eux et leurs peuples à la paix et à l'union, nous avons semé parmi eux la discorde et le trouble: c'est pourquoi nous sommes dans ces souterrains. C'est ici que viendront ceux qui vous environnent et nous imitent dans le mal. »
Pendant que, tout tremblant, le roi considérait ces choses, il vit fondre sur lui d'affreux démons, lesquels, avec des crochets de fer enflammé, voulaient se saisir de son peloton de fil et le lui enlever des mains. Mais l'extrême lumière qu'il jetait les empêchait de le happer. Ces mêmes démons voulurent prendre le roi et le précipiter dans les puits de soufre. Son conducteur le débarrassa des embûches qu'on lui tendait, et le mena sur de hautes montagnes d'où sortaient des torrents de feux qui faisaient fondre et bouillir toutes sortes de métaux. « Là, dit le roi, je trouvai les âmes des seigneurs qui avaient servi mon père et mes frères: les uns y étaient plongés jusqu'au menton, et d'autres à mi-corps. Ils s'écrièrent, en s'adressant à moi: « Hélas! Charles, vous voyez comme nous sommes punis pour avoir malicieusement semé le trouble et la division entre votre père, vos frères et vous... » Je ne pouvais, dit le monarque (qui a tout l'air de faire là une brochure politique, dans l'esprit de son époque), je ne pouvais m'empêcher de gémir de leurs peines. Je vis venir à moi des dragons dont la gueule enflammée cherchait à m'engloutir. Mon guide me fortifia par le fil du peloton lumineux, dont il m'entoura, et cette clarté offusqua si bien les dangereux animaux qu'ils ne purent m'atteindre.
Nous descendîmes dans une vallée dont un côté était obscur et ténébreux,
quoique rempli de fournaises ardentes. Je trouvai le côté opposé très éclairé et fort agréable. Je m'attachai particulièrement à examiner le côté obscur: j'y vis des rois de ma race tourmentés par d'étranges supplices. Le cœur serré d'ennui et de tristesse, je croyais à tout moment me voir précipité moi-même dans ces gouffres par de noirs géants. La frayeur ne m'abandonna pas. De l'autre côté du vallon je remarquai deux fontaines, dont l'une était d'une eau très chaude, et l'autre plus douce et plus tempérée. Je vis deux tonneaux remplis l'un et l'autre de ces eaux. Et dans l'un je reconnus mon père, Louis-le-Débonnaire, qui y était plongé jusqu'aux jusqu'aux cuisses. Il ne laissa pas de me rassurer, et me dit: « Mon fils Charles, ne craignez rien, je sais que votre esprit retournera dans votre corps. Dieu a permis que vous vinssiez ici pour voir les peines que mes péchés péchés méritées. Si, par des prières et des aumônes, vous me secourez, vous, mes fidèles évêques et tout l'ordre ecclésiastique, je ne tarderai guère à être délivré de ce tonneau. Mon frère Lothaire et Louis, son fils jouissent à présent du paradis. Regardez à votre gauche, ajouta mon père. » A l'instant, je tournai tournai tête, je remarquai deux grands tonneaux d'eau bouillante. « Voilà ce qui vous est destiné, continua-t-il, si vous ne vous corrigez et ne faites pénitence. » Mon guidé me dit alors: « Suivez-moi dans la partie qui est à droite de ce vallon, où se trouve toute la gloire du paradis. Je ne marchai pas longtemps sans voir au milieu des plus illustres rois, mon oncle Lothaire, assis sur une topaze d'une grandeur extraordinaire et couronné d'un riche diadème. Son fils, Louis, était dans un éclat aussi brillant. A peine m'eut-il aperçu que, d'une voix fort douce, il m'appela et me parla en ces termes: « Charles, qui êtes mon troisième successeur dans l'empire romain, approchez. Je sais, continuât-il, que vous êtes venu voir les lieux de supplices et de peines où votre père et mon frère gémissent encore pour quelque temps. Mais, par la miséricorde de Dieu, ils seront bientôt délivrés de leurs souffrances, comme nous-mêmes en avons été retirés, à la prière de saint Pierre, de saint Denis et de saint Rémi, que Dieu à établis les patrons des rois et du peuple français. Sachez aussi que vous ne tarderez pas à être détrôné, après quoi vous vivrez peu. » Et Louis, se tournant vers moi: « L'empire romain, dit-il, que vous avez possédé, doit passer incessamment entre les mains de Louis, fils de ma fille. »
A l'instant j'aperçu ce jeune enfant. » Remettez-lui l'autorité souveraine, continua Louis, et lui en donnez les marques en lui confiant ce peloton que vous tenez. » Sur-le-champ je le détachai de ma main pour le lui donner. Par là, il se trouva revêtu de l'empire, et tout le peloton passa dans sa main. A peine en fut-il maître, qu'il devint tout brillant de lumière, et mon esprit rentra dans mon corps. Ainsi, tout le monde doit savoir que, quoi qu'on fasse, il possédera l'empire romain que Dieu lui a destiné, et quand je serai passé à une autre vie, c'est ce qu'exécutera le Seigneur, dont la puissance s'étend dans tous les siècles sur les vivants et les morts. »

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