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La croyance relative à Desfontaines



La promesse de Buezuel et Desfontaines

En 1695, un certain M. Bezuel (qui depuis fut curé de Valogne), étant alors écolier de 15 ans, fit connaissance des enfants d'un procureur nommé d'Abaquène, écoliers comme lui. L'aîné était de son âge. Le cadet, un peu plus jeune, s'appelait Desfontaincs. C'était celui des deux frères que Bezuel aimait davantage.
Se promenant tous deux en 1696, ils s'entretenaient d'une lecture qu'ils avaient faite de l'histoire de deux amis qui s'étaient promis que celui qui mourrait le premier viendrait dire des nouvelles de son état au survivant. Le mort revint, disait-on, et conta à son ami des choses surprenantes. Le jeune Desfontaines proposa à Bezuel de se faire mutuellement une pareille promesse. Bezuel ne le voulut pas d'abord. Mais, quelques mois après, il y consentit au moment où son ami allait partir pour Caen. Desfontaines tira de sa poche deux petits papiers qu'il avait tout prêts, l'un signé de son sang, où il promenait, en cas de mort, de venir voir Bezuel; l'autre où la même promesse était écrite, fut signée par Bezuel.
Desfontaines partit avec son frère, et les deux amis entretinrent correspondance.


Le spectre de Desfontaines

Il y avait six semaines que Bezuel n'avait reçu de lettres, lorsque, le 31 juillet 1697, se trouvant dans une prairie à deux heures de l'après midi, il se sentit tout d'un coup étourdi et pris d'une faiblesse, qui néanmoins se dissipa. Le lendemain, à pareille heure, il éprouva la même chose. Le surlendemain, il vit pendant son affaiblissement son ami Desfontaines qui lui faisait signe de venir à lui. Comme il était assis, il se recula sur son siège. Les assistants remarquèrent ce mouvement. Desfontaines n'avançant pas, Bezuel se leva pour aller à sa rencontre. Le spectre s'approcha alors, prit son ami par le bras gauche et le conduisit à trente pas de là, dans une rue écartée.
« Je vous ai promis, lui dit-il, que si je mourais avant vous, je viendrais vous le dire: je me suis noyé avant-hier dans la rivière, à Caen, vers cette heure-ci. J'étais à la promenade. Il faisait si chaud, qu'il nous prit envie de nous baigner. Il me vint une faiblesse dans la rivière, et je coulai au fond. L'abbé de Ménil-Jean, mon camarade, plongea. Je saisis son pied, mais soit qu'il crût que ce fût un saumon, soit qu'il voulût promptement remonter sur l'eau, il secoua si rudement le jarret qu'il me donna un grand coup dans la poitrine, et me jeta au fond de la rivière qui est là très profonde. »
Desfontaines raconta ensuite à son ami beaucoup d'autres choses. Bezuel voulut l'embrasser, mais il ne trouva qu'une ombre. Cependant, son bras était si fortement tenu qu'il en conserva une douleur. Il voyait continuellement le fantôme, un peu plus grand que de son vivant, à demi nu. Il portait, entortillé dans ses cheveux blonds, un écriteau où Bezuel ne put lire que le mot in. Il avait le même son de voix. Il ne paraissait ni gai ni triste, mais dans une tranquillité parfaite. Il pria son ami, quand son frère serait revenu, de le charger de dire certaines choses à son père et à sa mère. Il lui demanda de réciter pour lui les sept psaumes qu'il avait eus en pénitence le dimanche précédent, et qu'il n'avait pas encore récités. Ensuite il s'éloigna en disant: Jusqu'au revoir, qui était le terme ordinaire dont il se servait quand il quittait ses camarades.
Cette apparition se renouvela plusieurs fois. On l'expliquerait peut-être par les pressentiments, la sympathie, etc. L'abbé Bezuel en raconta les détails dans un dîner, en 1708, devant l'abbé de Saint-Pierre, qui en fait une longue mention dans le tome IV de ses Œuvres politiques.

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