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La croyance relative à Fée



Les fées dans la Gaule

Si les histoires des génies sont anciennes dans l'Orient, la Bretagne a peut-être le droit de réclamer les fées et les ogres. Nos fées ou fades sont assurément les druidesses de nos pères. Chez les Bretons, de temps immémorial, et dans tout le reste des Gaules, pendant la première race des rois francs, on croyait généralement que les druidesses pénétraient les secrets de la nature, et disparaissaient du monde visible. Elles ressemblaient en puissance aux magiciennes des Orientaux. On en a fait les fées.
On disait qu'elles habitaient au fond des puits, au bord des torrents, dans des cavernes sombres. Elles avaient le pouvoir de donner aux hommes des formes d'animaux, et faisaient quelquefois dans les forêts les mêmes fonctions que les nymphes du paganisme. Elles avaient une reine qui les convoquait tous les ans en assemblée générale, pour punir celles qui avaient abusé de leur puissance et récompenser celles qui avaient fait du bien. Dans certaines contrées de l'Ecosse, on dit que les fées sont chargées de conduire au ciel les âmes des enfants nouveau-nés, et qu'elles aident ceux qui les invoquent à rompre les maléfices de Satan.
A la naissance de leurs enfants, les Bretons avaient grand soin de dresser, dans une chambre écartée, une table abondamment servie, avec trois couverts, afin d'engager les mères, ou fées, à leur être favorables, à les honorer de leur visite, et à douer le nouveau-né de quelques qualités heureuses. Ils avaient, pour ces êtres mystérieux le même respect que les premiers Romains pour les carmentes, déesses tutélaires des enfants, qui présidaient à leur naissance, chantaient leur horoscope et recevaient des parents un culte.


Les fées chez les peuples du Nord

On trouve des fées chez tous les anciens peuples du Nord, et c'était une opinion partout adoptée que la grêle et les tempêtes ne gâtaient pas les fruits dans les lieux qu'elles habitaient. Elles venaient le soir, au clair de la lune, danser dans les prairies écartées. Elles se transportaient aussi vite que la pensée partout où elles souhaitaient, à cheval sur un griffon, ou sur un chat d'Espagne, ou sur un nuage. On assurait même que, par un autre caprice de leur destin, les fées étaient aveugles chez elles, et avaient cent yeux dehors.


Les fées à travers les contes et les histoires

On voit dans tous les contes et dans les vieux romans de chevalerie, où les fées jouent un si grand rôle, que, quoique immortelles, elles étaient assujetties à une loi qui les forçait à prendre tous les ans, pendant quelques jours, la forme d'un animal, et les exposait, sous celle métamorphose, à tous les hasards, même à la mort, qu'elles ne pouvaient recevoir que violente. On les distinguait en bonnes et méchantes fées. On était persuadé que leur amitié ou leur haine décidait du bonheur ou du malheur des familles.
Frey remarque qu'il y avait entre les fées, comme parmi les hommes, inégalité de moyens et de puissance. Dans les romans de chevalerie et dans les contes, on voit souvent une bonne fée vaincue par une méchante, qui a plus de pouvoir.
Les cabalistes ont aussi adopté l'existence des fées, mais ils prétendent qu'elles sont des sylphides, ou esprits de l'air. On vit, sous Charlemagne et sous Louis-le-Débonnaire, une multitude de ces esprits, que les légendaires appelèrent des démons, les cabalistes des sylphes, et nos chroniqueurs des fées.
Corneille de Kempen assure que, du temps de Lothaire, il y avait en Frise quantité de fées qui séjournaient dans les grottes, autour des montagnes, et qui ne sortaient qu'au clair de la lune. Olaüs Magnus dit qu'on en voyait beaucoup en Suède de son temps. « Elles ont pour demeure, ajoute-t-il, des antres obscurs dans le plus profond des forêts. Elles se montrent quelquefois, parlent à ceux qui les consultent, et s'évanouissent subitement. » On voit, dans Froissard, qu'il y avait également une multitude de fées dans l'île de Céphalonie; qu'elles protégeaient le pays contre tout méchef, et qu'elles s'entretenaient familièrement avec les femmes de l'île.
Les femmes blanches de l'Allemagne sont encore des fées. Mais celles-là étaient presque toujours dangereuses. Leloyer conte que les Écossais avaient des fées, ou fairs, ou fairfolks, qui venaient la nuit dans les prairies. Ces fées paraissent être les striges, ou magiciennes, dont parle Ausone. Hector de Boëce, dans ses Annales d'Ecosse, dit que trois de ces fées prophétisèrent à Banquo, chef des Stuarts, la grandeur future de sa maison. Shakespeare, dans son Macbeth, en a fait trois sorcières.


Les monuments dédiés aux fées

Il reste beaucoup de monuments de la croyance aux fées: telles sont, les grottes du Chablais, qu'on appelle les grottes des fées. On n'y aborde qu'avec peine. Chacune des trois grottes a, dans le fond, on bassin dont l'eau passe pour avoir des vertus miraculeuses. L'eau qui distille dans la grotte supérieure, à travers le rocher, a formé, dans la voûte, la figure d'une poule qui couve ses poussins. A côté du bassin, on voit un rouet, ou tour à filer, avec la quenouille. « Les femmes des environs, dit un écrivain du XVIIIe siècle, prétendent avoir vu autrefois, dans l'enfoncement, une trois pétrifiée au-dessus du rouet. Aussi on n'osait guère approcher de ces grottes. Mais depuis que la figure de la femme a disparu, on est devenu moins timide. »
Auprès de Ganges, en Languedoc, on montre une autre grotte des fées, ou grotte des demoiselles, dont on fait des contes merveilleux. On voit à Merlingen, en Suisse, une citerne noire qu'on appelle le puits de la fée. Non loin de Bord-Saint-George, à deux lieues de Chambon, on respecte encore les débris d'un vieux puits qu'on appelle aussi le puits des fées, ou fades, et sept bassins qu'on a nommés les creux des fades. On voit près de là, sur la roche de Beaune, deux empreintes de pied humain: l'une est celle du pied de saint Martial, l'autre appartient, suivant la tradition, à la reine des fées, qui, dans un moment de fureur, frappa, si fortement le rocher de son pied droit qu'elle en laissa la marque. On ajoute que, mécontente des habitants du canton, elle tarit les sources minérales qui remplissaient les creux des fées, elles fit couler à Évaux, où elles sont encore.
On voyait, près de Domremy, l'arbre des fées. Jeanne d'Arc fut même accusée d'avoir eu des relations avec les fées qui venaient danser sous cet arbre. On remarque dans la petite île de Concourie, à une lieue de Saintes, une haute butte de terre, qu'on appelle le mont des Fées. La Bretagne est pleine de vestiges semblables. Plusieurs fontaines y sont encore consacrées à des fées qui métamorphosent en or, en diamant, la main des indiscrets qui souillent l'eau de leurs sources.


L'histoire des maisons de Croy, de Salm et de Bassompierre

Tallemant des Réaux rapporte une merveilleuse histoire de fée, qui se rattache à l'origine des maisons de Croy, de Salm et de Bassompierre.
Le comte d'Angeweiller, marié avec la comtesse de Kirispein, allait habituellement à la chasse. Quand il revenait tard ou qu'il voulait partir de grand matin sans l'éveiller sa femme, il couchait dans une petite chambre, au-dessus de la porte d'entrée de son château. On avait mis là pour lui une couchette de bois, bien travaillée selon le temps. Or un lundi, en montant à sa chambre sur le portail, il y trouva une fée endormie. Il ne la troubla point. Et durant quinze ans elle revint là tous les lundis, jusqu'à un certain jour que là comtesse, étant entrée dans cette chambre, y vit le couvre-chef de la fée et le dérangea.
La fée, se voyant découverte, dit au comte qu'elle ne reviendrait plus et lui donna un gobelet, une cuillère et une bague, lui recommandant de partager ces trois dons a trois filles qu'il avait. « Ces gages, dit-elle, porteront le bonheur dans les maisons où ils entreront tant qu'on les y gardera. Et tout malheur arrivera à qui dérobera un de ces objets précieux. »
Après ces mots, la fée s'en alla, et le comte d'Angeweiller ne la revit jamais plus. Il maria ses trois filles avec trois seigneurs des maisons de Croy, de Salm et dé Bassompierre, et leur donna à chacune une terre et un gage de la fée. Croy eut le gobelet et la terre d'Augeweiller, Salm eut la bague et la terre de Fenestrange, et Bassompierre eut la cuillère avec la terre d'Answeiller. Trois abbayes étaient dépositaires de ces gages quand les enfants étaient mineurs: Nivelles pour Croy, Remenecour pour Salm, Epinal pour Bassompierre. Et en effet ces trois maisons prospérèrent longtemps.
Quant à l'autre prédiction de la fée, relativement au vol de ces objets, on en reconnut la vérité dans la maison de M. de Pange, seigneur lorrain qui déroba au prince de Salm la bague qu'il avait au doigt, un jour qu'il le trouva assoupi pour avoir trop bu. Ce M. de Pange avait quarante mille écus de revenu. Il avait de belles terres. Il était surintendant des finances du duc dé Lorraine. Cependant à son retour d'Espagne, où il ne réussit à rien, quoiqu'il y eut fait pendant longtemps bien de la dépense (il était ambassadeur chargé d'obtenir une fille du roi Philippe II pour son maître), il trouva tout son bien dissipé, il mourut de regret, et ses trois filles qu'il avait mariées furent abandonnées de leurs maris.
On ne saurait dire de quelle matière sont ces dons de la fée. Ils sont grossiers. On raconte que Diane de Dampmartin, marquise d'Havré, de la maison de Croy, ayant laissé tomber le gobelet en le montrant, il se cassa en plusieurs pièces. Elle les ramassa, les remit dans l'étui en disant: « Si je ne puis l'avoir entier, je l'aurai au moins par morceaux. » Et le lendemain, en ouvrant l'étui, elle trouva le gobelet aussi entier que devant...
Voilà, ajoute Tallemant, une belle petite fable.


D'autres histoires de fées

On lit, dans la légende de saint Armentaire, écrite en l'an 1300, quelques détails sur la fée Esterelle, qui vivait auprès d'une fontaine où les Provençaux lui apportaient des offrandes. Elle donnait des breuvages enchantés aux femmes. Le monastère de Notre-Dame-de-l'Esterel était bâti sur le lieu qu'avait habité cette fée.
Mélusine était encore une fée. Il y avait dans son destin cette particularité, qu'elle était obligée tous les samedis de prendre la forme d'un serpent dans la partie inférieure de son corps. La fée qui épousa le seigneur d'Argouges, au commencement du XVe siècle, l'avait, dit-on, averti de ne jamais parler de la mort devant elle. Mais un jour qu'elle s'était fait longtemps attendre, son mari, impatienté, lui dit qu'elle serait bonne à aller chercher la mort. Aussitôt la fée disparut en laissant les traces de ses mains sur les murs, contre lesquels elle frappa plusieurs fois de dépit. C'est depuis ce temps que la noble maison d'Argouges porte dans ses armes trois mains posées en pal, et une fée pour cimier. L'époux de Mélusine la vit également disparaître pour n'avoir pu vaincre la curiosité de la regarder à travers la porte dans sa métamorphose du samedi.
La reine des fées est Titania, épouse du roi Obéron, qui a inspiré à Wieland un poème célèbre en Allemagne.

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