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La croyance relative à Lycanthropie



Un sorcier transformé en loup-garou

La lycanthropie est la transformation d'un homme en loup. Le lycanthrope s'appelle communément loup-garou. Les loups-garous ont été bien longtemps la terreur des campagnes, parce qu'on savait que les sorciers ne pouvaient se faire loups que par le secours du diable. Dans les idées des démonographes, un loup-garou est un sorcier que le diable lui-même transmue en loup, et qu'il oblige à errer dans les campagnes en poussant d'affreux hurlements.
L'existence des loups-garous est attestée par Virgile, Solin, Strabon, Pomponius Méla, Dionysius Afer, Varron, et par tous les jurisconsultes et démonomanes des derniers siècles. A peine commençait-on à en douter sous Louis XIV. L'empereur Sigismond fit débattre devant lui la question des loups-garous, et il fut unanimement résolu que la transformation des loups-garous était un fait positif et constant.
Un garnement qui voulait faire des friponneries, mettait aisément les gens en fuite en se faisant passer pour un loup-garou. Il n'avait pas besoin pour cela d'avoir la figure d'un loup, puisque les loups-garous de réputation étaient arrêtés comme tels, quoique sous leur figure humaine. On croyait alors qu'ils portaient le poil de loup garou entre cuir et chair.


Quelques anecdotes sur les loups-garous

Pencer conte qu'en Livonie, sur la lin du mois de décembre, il se trouve tous les ans un bélître qui va sommer les sorciers de se rendre en certain lieu. Et s'ils y manquent, le diable les y mène de force, à coups si rudement appliqués que les marques y demeurent. Leur chef passe devant, et quelques milliers le suivent, traversant une rivière, laquelle passée, ils changent leur figure en celle d'un loup, se jettent sur les hommes et sur les troupeaux, et font mille dommages. Douze jours après ils retournent au même fleuve et redeviennent hommes.
On attrapa un jour un loup-garou qui courait dans les rues de Padouc. On lui coupa ses pattes de loup, et il reprit au même instant la forme d'homme, mais avec les bras et les pieds coupés, à ce que dit Fincel.
L'an 1588, en un village distant de deux lieues d'Apchon, dans les montagnes d'Auvergne, un gentilhomme étant sur le soir à sa fenêtre, aperçut un chasseur de sa connaissance, et le pria de lui rapporter de sa chasse. Le chasseur en fit promesse, et s'étant avancé dans la plaine, il vit devant lui un gros loup qui venait à sa rencontre. Il lui lâcha un coup d'arquebuse et le manqua. Le loup se jeta aussitôt sur lui et l'attaqua fort vivement. Mais l'autre, en se défendant, lui ayant coupé la patte droite avec son couteau de chasse, le loup estropié s'enfuit et ne revint plus. Comme la nuit approchait, le chasseur gagna la maison de son ami, qui lui demanda s'il avait fait bonne chasse. Il tira de sa gibecière la patte qu'il avait coupée au prétendu loup. Mais il fut bien étonné de voir cette patte convertie en main de femme, et à l'un des doigts un anneau d'or que le gentil homme reconnut être celui de son épouse. Il alla aussitôt la trouver. Elle était auprès du feu, et cachait son bras droit sous son tablier. Comme elle refusait de l'en tirer, il lui montra la main que le chasseur avait rapportée. Cette malheureuse éperdue avoua que c'était elle en effet qu'on avait poursuivie, sous la figure d'un loup-garou. Ce qui se vérifia encore en confrontant la main avec le bras dont elle faisait partie. Le mari courroucé livra sa femme à la justice. Elle fut brûlée.
On ne sait trop que penser d'une telle histoire, qui est rapportée par Boguet, comme étant de son temps. Était-ce une abominable trame d'un mari qui voulait, comme disent les Wallons, être quitte de sa femme?


Les loups-garous du Poitou

Les loups-garous étaient fort communs dans le Poitou. On les y appelait la bête bigourne qui court la galipode. Quand les bonnes gens entendent, dans les rues, les hurlements du loup-garou, ce qui n'arrive qu'au milieu de la nuit, ils se gardent de mettre la tête à la fenêtre, parce que s'ils le faisaient, ils auraient le cou tordu.
On assure dans cette province qu'on peut forcer le loup-garou à quitter sa forme d'emprunt en lui donnant un coup de fourche entre les deux yeux.
On sait que la qualité distinctive des loups-garous est un grand goût pour la chair fraîche. De L'Ancre assure qu'ils étranglent les chiens et les enfants; qu'ils les mangent de bon appétit; qu'ils marchent à quatre pattes; qu'ils hurlent comme de vrais loups, avec de grandes gueules, des yeux étincelants et des dents crochues.


Quelques ouvrages sur la lycanthropie

Bodin raconte sans rougir qu'en 1542 on vit un matin 150 loups-garous sur une place publique de Constantinopie.
On trouve dans le roman de Persile et Sigismonde, le dernier ouvrage de Cervantès, des îles de loups-garous et des sorcières qui se changent en louves pour enlever leur proie; comme on trouve dans Gulliver une île de sorciers. Mais au moins ces livres sont des romans.
De L'Ancre propose, comme un bel exemple, ce trait d'un duc de Russie, lequel, averti qu'un sien sujet se changeait en toutes sortes de bêtes, l'envoya chercher, et après l'avoir enchaîné, lui commanda de faire une expérience de son art; ce qu'il fit, se transformant en loup. Mais ce duc, ayant préparé deux dogues, les fit lancer contre ce misérable, qui aussitôt fut mis en pièces.
On amena médecin Pomponace un paysan atteint de lycanthropie, qui criait à ses voisins de s'enfuir, s'ils ne voulaient pas qu'il les mangeât. Comme ce pauvre homme n'avait rien de la forme d'un loup, les villageois, persuadés pourtant qu'il l'était, avaient commencé à l'écorcher pour voir s'il ne portait pas le poil sous la peau. Pomponace le guérit. Ce n'était qu'un hypocondre.
J. de Nynauld a publié en 1615 un traité complet de la Lycanthropie, qu'il appelle aussi Folie louvière et lycaonie, mais dont il admet incontestablement la réalité.
Un sieur de Beauvoys-de-Chauvincourt, gentilhomme angevin, a fait imprimer en 1599 un volume intitulé Discours de la lycanthropie, ou de la transmutation des hommes en loups.
Claude, prieur de Laval, avait publié quelques années auparavant un autre livre sur la même matière, intitulé Dialogues de la lycanthropie. Ils affirment tous qu'il y a certainement des loups-garous.


L'histoire du bûcheron de Longueville

Ce qui est plus singulier, c'est qu'il n'y a peut-être pas de village qui n'ait encore ses loups-garous. Celui dont on va parler est peut-être encore aux galères. Il se faisait appeler Maréchal, et demeurait en 1804 au village de Longueville, à deux lieues de Méry-sur-Seine. Il était bûcheron, faisait des fossés, et s'occupait de divers métiers qui s'exercent dans la solitude et sont par conséquent, propres à la sorcellerie. Avec l'aide du diable, il se changeait, toutes les nuits en loup ou en ours, et faisait de grandes peurs aux bonnes gens.
Un jeune paysan s'arma d'un fusil et l'attendit une nuit. Il aperçut un monstre à quatre pattes, qui venait lourdement à lui. Il le coucha en joue et le manqua. Le loup-garou, qui avait aussi un fusil, tira à son tour sur le paysan et le blessa à la jambe. Celui-ci, stupéfait de se trouver en face d'un loup qui tirait des coups de fusil, se mit à fuir.
A la fin, la justice informée s'empara de l'homme. On ne trouva dans le prétendu sorcier qu'un vaurien, coupable de vols et de brigandages qu'il exerçait dans ses courses nocturnes. On le condamna aux galères perpétuelles.

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