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La croyance relative à Merlin



Le fils d'un démon et d'une druidesse

Merlin n'est pas né en Angleterre, comme on le dit communément, mais en Basse-Bretagne, dans l'île de Sein. Il était fils d'un démon et d'une druidesse, fille d'un roi des Bas-Bretons. Les cabalistes disent que le père de Merlin était un sylphe. Que ce fût un sylphe ou un démon, il éleva son fils dans toutes les sciences et le rendit habile à opérer des prodiges.


Son voyage en Angleterre

Ce qui a fait croire à quelques-uns que Merlin était Anglais, c'est qu'il fut porté dans ce pays quelques jours après sa naissance. Voici l'occasion, de ce voyage.
Wortigern, roi d'Angleterre, avait résolu de faire bâtir une tour inexpugnable où il pût se mettre en sûreté contre les bandes de pirates qui dévastaient ses États. Lorsqu'on en jeta les fondements, la terre engloutit pendant la nuit tous les travaux de la journée. Ce phénomène se répéta tant de fois que le roi assembla les magiciens pour les consulter. Ceux-ci déclarèrent qu'il fallait affermir les fondements de la tour avec le sang d'un petit enfant qui fût né sans père.
Après beaucoup de recherches dans le pays et hors le pays, on apprit qu'il venait de naître dans l'île de Sein un petit enfant d'une druidesse et qui n'avait point de père connu: c'était Merlin. Il présentait les qualités requises par les magiciens. On l'enleva et on l'amena devant le roi Wortigern
Merlin n'avait que seize jours. Cependant, il n'eut pas plutôt entendu la décision des magiciens, qu'il se mit à disputer contre eux avec une sagesse qui consterna tout l'auditoire. Il annonça ensuite que, sous les fondements de la tour que l'on voulait bâtir, il y avait un grand lac, et dans ce lac deux dragons furieux. On creusa. Les deux dragons parurent: l'un, qui était rouge, représentait les Anglais; l'autre, qui était blanc, représentait les Saxons. Ces deux peuples étaient alors en guerre et les deux dragons étaient leurs génies protecteurs. Ils commencèrent, à la vue du roi et de sa cour, un combat terrible, sur lequel Merlin se mit à prophétiser l'avenir des Anglais.
On pense bien qu'après ce qui venait de se passer, il ne fut plus question de tuer le petit enfant. On se disposa à le reconduire dans son pays, et on l'invita à visiter quelquefois l'Angleterre. Merlin pria qu'on ne s'occupât point de lui. Il frappa la terre, et il en sortit un grand oiseau sur lequel il se plaça. Il fut en moins d'une heure dans les bras de sa mère, qui l'attendait sans inquiétude parce qu'elle savait ce qui se passait.


Les prodiges de Merlin et sa retraite dans une forêt

Merlin fut donc élevé dans les sciences et dans l'art des prodiges par son père et par les conseils de sa mère qui était prophétesse. On croit même qu'elle était fée.
Quand il fut devenu grand, il se lia d'amitié avec Ambrosius, autre roi des Anglais. Pour rendre plus solennelle l'entrée de ce prince dans sa capitale, il fît venir d'Irlande en Angleterre plusieurs rochers qui accompagnèrent en dansant le cortège royal, et formèrent en s'arrêtant une espèce de trophée à la gloire du monarque. On voit encore ce rochers à quelques lieues de Londres, et on assure qu'il y a des temps où ils s'agitent par une suite du prodige de Merlin. On dit même que pour ce roi, son ami, il bâtit un palais de fées en moins de temps que Satan ne construisit le Pandémonium des enfers.
Après une foule de choses semblables, Merlin jouissant de la réputation la plus étendue et de l'admiration universelle, pouvait étonner le monde et s'abandonner aux douceurs de la gloire. Il aima mieux agrandir ses connaissances et sa sagesse. Il se retira dans une forêt de la Bretagne, s'enferma dans une grotte, et s'appliqua sans relâche à l'élude des sciences mystérieuses. Son père le visitait tous les sept jours et sa mère plus fréquemment encore. Il fît, sous eux, des progrès étonnants et les surpassa bientôt l'un et l'autre.


Ses prophéties et ses objets enchantés

On a lu, dans les histoires de la chevalerie héroïque, les innombrables aventures de Merlin. Il purgea l'Europe de plusieurs tyrans. Il protégea les dames, et bien souvent les chevaliers errants bénirent les heureux secours de Merlin.
Las de parcourir le monde, il se condamna à passer sept ans dans l'île de Sein. C'est là qu'il composa ses prophéties, dont quelques-unes ont été publiées. On sait qu'il avait donné à l'un des chevaliers errants, qui firent la gloire de la France, une épée enchantée avec laquelle on était invincible. Un autre avait reçu un cheval indomptable à la course. Le sage enchanteur avait aussi composé pour le roi Arthus une chambre magique où ne pouvaient entrer que les braves, une couronne transparente qui se troublait sur la tête d'une coquette et une épée qui jetait des étincelles dans les mains des guerriers intrépides.


La disparition mystérieuse de Merlin

Quelques-uns ont dit qu'il mourut dans une extrême vieillesse. D'autres, ont dit qu'il fut emporté par le diable. Une autre opinion encore assez répandue en Bretagne, est que Merlin n'est pas mort, qu'il a su se mettre à l'abri de la fatalité commune et qu'il est toujours plein de vie dans une forêt du Finistère nommée Brocéliande, où il est enclos et invisible à l'ombre d'un bois d'aubépine.
On assure que messire Gauvain et quelques chevaliers de la Table-Ronde cherchèrent vainement partout ce magicien célèbre. Gauvain seul l'entendit, mais ne put le voir dans la forêt de Brocéliande.

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