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La croyance relative à Oracle



La différence enter les oracles et les sorciers

Les oracles étaient chez les anciens ce que sont les devins parmi nous. Toute la différence qu'il y a entre ces deux espèces, c'est que les gens qui rendaient les oracles se disaient les interprètes des dieux, et que les sorciers ne peuvent relever que du diable. On honorait les premiers. On méprise les seconds.


Les secrets de l'oracle de Delphes

Le père Kirker, dans le dessein de détromper les gens superstitieux sur les prodiges attribués à l'oracle de Delphes, avait imaginé un tuyau, adapté avec tant d'art à une figure automate, que quand quelqu'un parlait, un autre entendait dans une chambre éloignée ce qu'on venait de dire, et répondait par ce même tuyau, qui faisait ouvrir la bouche et remuer les lèvres de l'automate. Il supposa en conséquence que les prêtres du paganisme, en se servant de ces tuyaux, faisaient accroire aux sots que l'idole satisfaisait à leurs questions.
L'oracle de Delphes est le plus fameux de tous. Il était situé sur un côté du Parnasse, coupé de sentiers taillés dans le roc, entouré de rochers qui répétaient plusieurs fois le son d'une seule trompette. Un berger le découvrit en remarquant que ses chèvres étaient enivrées de la vapeur que produisait une grotte autour de laquelle elles paissaient. La prêtresse rendait ses oracles, assise sur un trépied d'or, au-dessus de cette cavité. La vapeur qui en sortait la faisait entrer dans une sorte de délire effrayant, qu'on prenait pour un enthousiasme divin.


Les oracles de la Pythie et de Dodone

Les oracles de la Pythie n'étaient autre chose qu'une inspiration démoniaque, dit Leloyer, et ne procédaient point d'une voix humaine. Dès qu'elle entrait en fonction, son visage s'altérait, sa gorge s'enflait, sa poitrine pantoisait et haletait sans cesse. Elle ne ressentait rien que rage. Elle remuait la tête, faisait la roue du cou pour parler comme le poète Stace, agitait tout le corps, et rendait ainsi ses réponses.
Les prêtres de Dodone disaient que deux colombes étaient venues d'Egypte dans leur forêt, parlant le langage des hommes, et qu'elles avaient commandé d'y bâtir un temple à Jupiter, qui promettait de s'y trouver et d'y rendre des oracles. Pausanias conte que des filles merveilleuses se changeaient en colombes, et sous cette forme rendaient les célèbres oracles de Dodone. Les chênes parlaient, dans cette forêt enchantée, et on y voyait une statue qui répondait à tous ceux qui la consultaient, en frappant avec une verge sur des chaudrons d'airain, laissant à ses prêtres le soin d'expliquer les sons prophétiques qu'elle produisait.


Les oracles du bœuf Apis

Le bœuf Apis, dans lequel l'âme du grand Osiris s'était retirée, était regardé chez les Égyptiens comme un oracle. En le consultant, on se mettait les mains sur les oreilles, et on les tenait bouchées jusqu'à ce qu'on fut sorti de l'enceinte du temple. Alors on prenait pour réponse du dieu la première parole qu'on entendait.
Les oracles présentaient ordinairement un double sens, qui sauvait l'honneur du dieu et leur donnait un air de vérité, mais de vérité cachée au milieu du mensonge que peu de gens avaient l'esprit de voir.


L'affliction de Théagènes de Thase

Théagènes de Thase avait remporté quatorze cents couronnes en différents jeux, de sorte qu'après sa mort on lui éleva une statue en mémoire de ses victoires. Un de ses ennemis allait souvent insulter cette statue, qui tomba sur lui et l'écrasa. Ses enfants, conformément aux lois de Dracon qui permettaient d'avoir action, même contre les choses inanimées, quand il s'agissait de punir l'homicide, poursuivirent la statue de Théagènes pour le meurtre de leur père. Elle fut condamnée à être jetée dans la mer.
Les Thasiens furent peu après affligés d'une peste. L'oracle consulté répondit: Rappelez vos exilés. Ils rappelèrent en conséquence quelques-uns-de leurs citoyens. Mais la calamité ne cessant point, ils renvoyèrent à l'oracle, qui leur dit alors plus clairement: Vous avez détruit les honneurs du grand Théagènest la peste s'apaisa.


L'oracle d'Apollon et le roi Philippe

Philippe, roi de Macédoine, fut averti par l'oracle d'Apollon qu'il serait tué d'une charrette. C'est pourquoi il commanda aussitôt qu'on fit sortir toutes les charrettes et tous les chariots de son royaume. Toutefois, il ne put échapper au sort que l'oracle avait si bien prévu: Pausianas, qui lui donna la mort, portait une charrette gravée à la garde de l'épée dont il le perça.
Ce même Philippe désirant savoir s'il pourrait vaincre les Athéniens, l'oracle qu'il consultait lui répondit:

Avec lances d'argent, quand tu feras la guerre,
Tu pourras terrasser les peuples de la terre.

Ce moyen lui réussit merveilleusement, et il disait quelquefois qu'il était maître d'une place s'il pouvait y faire entrer un mulet chargé d'or.


Dieu selon les oracles

Quelquefois les oracles ont dit des vérités. Qui les y contraignait? On est surpris de lire dans Porphyre que l'oracle de Delphes répondit un jour à des gens qui lui demandaient ce que c'était que Dieu: « Dieu est la source de la vie, le principe de toutes choses, le conservateur de tous les êtres. Tout est plein de Dieu. Il est partout, personne ne l'a engendré: il est sans mère, il sait tout, et on ne peut rien lui apprendre. Il est inébranlable dans ses desseins, et son nom est ineffable. Voilà ce que je sais de Dieu, ne cherche pas à en savoir davantage. Ta raison ne saurait le comprendre, quelque sage que tu sois. Le méchant et l'injuste ne peuvent se cacher devant lui. L'adresse et l'excuse ne peuvent en déguiser à ses regards perçants. »
Dans Suidas, l'oracle de Sérapis dit à Thulis, roi d'Egypte: « Dieu, le verbe, et l'esprit qui les unit, tous ces trois ne sont qu'un: c'est le Dieu dont la force est éternelle. Mortel, adore et tremble, ou tu es plus à plaindre que l'animal dépourvu de raison. »
Le comte de Gabalis, en attribuant les oracles aux esprits élémentaires, ajoute qu'avant Jésus-Christ, ces esprits prenaient plaisir à expliquer aux hommes ce qu'ils savaient de Dieu, et à leur donner de sages conseils. Mais qu'ils se retirèrent quand Dieu vint lui-même instruire les hommes, et que dès lors les oracles se turent.


L'émergence du christianisme et la disparition des oracles

On pensera des oracles des païens ce que l'on voudra, dit dom Calmet dans ses Dissertations sur les Apparitions, je n'ai nul intérêt à les défendre, je ne ferai pas même difficulté d'avouer qu'il y a eu de la part des prêtres et des prêtresses qui rendaient ces oracles beaucoup de supercheries et d'illusions. Mais s'ensuit-il que le démon ne s'en soit jamais mêlé? On ne peut disconvenir que depuis le christianisme les oracles ne soient tombés insensiblement dans le mépris, et n'aient été réduits au silence, et que les prêtres qui se mêlaient de prédire les choses cachées et futures n'aient été souvent forcés d'avouer que la présence des chrétiens leur imposait silence.

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