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La croyance relative à Possédé



Quelques histoires de fausses possédées

Le bourg de Teilly, à trois lieues d'Amiens, donna en 1816 le spectacle d'une fille qui voulait se faire passer pour possédée. Elle était, disait-elle, au pouvoir de trois démons, Mimi, Zozo et Crapoulet. Un honnête ecclésiastique prévint l'autorité, qui reconnut que cette fille était malade. On la fit entrer dans un hôpital, et il ne fut plus parlé de la possession.
On trouve de la sorte, dans le passé, beaucoup de supercheries que la bonne loi de nos pères n'a pas su réprimer assez tôt. Cependant il y eut bien moins de scandales qu'on ne le conte, et les possessions n'étaient pas de si libre allure qu'on le croit.
Une démoniaque commençait à faire du bruit sous Henri III. Le roi aussitôt envoya son chirurgien Pigray, avec deux autres médecins, pour examiner l'affaire. Quand la possédée fut amenée devant ces docteurs, on l'interrogea, et elle débita des sornettes. Le prieur des Capucins lui fit des demandes en latin auxquelles elle répondit fort mal. Et enfin on trouva dans certains papiers qu'elle avait été déjà, quelques années précédemment, fouettée en place publique pour avoir voulu se faire passer pour démoniaque. On la condamna à une réclusion perpétuelle.
Du temps de Henri III, une Picarde se disait possédée du diable, apparemment pour se rendre formidable. L'évêque d'Amiens, qui soupçonnait quelque imposture, la fit exorciser par un laïque déguisé en prêtre, et lisant les épîtres de Cicéron. La démoniaque, qui savait son rôle par cœur, se tourmenta, fit des grimaces effroyables, des cabrioles et des cris, absolument comme si le diable, qu'elle disait chez elle, eût été en face d'un prêtre lisant le livre sacré. Elle fut ainsi démasquée.


Les mystères de la possession

Les vrais possédés ou démoniaques sont ceux dont le diable, s'est emparé. Plusieurs prétendent que toutes les possessions sont des monomanies, des folies plus ou moins furieuses, plus ou moins bizarres. Mais comment expliquer ce fait qu'à Gheel en Belgique, où l'on traite les fous colonisés, on guérit les fous furieux en les exorcisant? Le savant docteur Moreau, dans la visite qu'il a faite à Gheel, en 1842, et qu'il a publiée, a reconnu ce fait, qui ne peut être contesté. Le diable serait-il donc pour quelque chose dans certaines folies? Et connaissons-nous bien tous les mystères au milieu desquels nous vivons?
Dans tous les cas beaucoup de possessions, et la plupart, ont été soupçonnées de charlatanisme. Nous croyons que, souvent, le soupçon a été fondé. On a beaucoup écrit sur les démoniaques, qui sont, disent les experts, plus ou moins tourmentés, suivant le cours de la lune.
L'historien Josèphe dit que ce ne sont pas les démons, mais les âmes des méchants qui entrent dans les corps des possédés et les tourmentent. On a vu des démoniaques à qui les diables arrachaient les ongles des pieds sans leur faire du mal. On en a vu marcher à quatre pattes, se traîner sur le dos, ramper sur le ventre, marcher sur la tête. Il y en eut qui se sentaient chatouiller les pieds sans savoir par qui. D'autres parlaient des langues qu'ils n'avaient jamais apprises, etc.


Quelques faits de possessions

En l'an 1556, il se trouva à Amsterdam trente enfants démoniaques que les exorcismes ordinaires ne purent délivrer. On publia qu'ils n'étaient en cet état que par maléfices et sortilèges. Ils vomissaient des ferrements, des lopins de verre, des cheveux, des aiguilles et autres choses semblables.
On conte qu'à Rome, dans un hôpital, soixante-dix filles devinrent folles ou démoniaques en une seule nuit. Deux ans se passèrent sans qu'on les pût guérir. Cela peut être arrivé, dit Cardan, ou par le mauvais air du lieu, ou par la mauvaise eau, ou par la fourberie, ou par suite de mauvais déportements.


Les signes caractéristiques des démoniaques et leurs critiques

On croyait reconnaître autrefois qu'une personne était démoniaque à plusieurs signes:

  • les contorsions
  • l'enflure du visage
  • l'insensibilité et la ladrerie
  • l'immobilité
  • les clameurs du ventre
  • le regard fixe
  • des réponses en français à des mots latins
  • les piqûres de lancette sans effusion de sang
  • etc.

Mais les saltimbanques et les grimaciers font des contorsions, sans pour cela être possédés du diable. L'enflure du visage, de la gorge, de la langue, est souvent causée par des vapeurs ou par la respiration retenue. L'insensibilité peut bien être la suite de quelque maladie, ou n'être que factice si la personne insensible a beaucoup de force.
Un jeune Lacédémonien se laissa ronger le foie par un renard qu'il venait de voler, sans donner le moindre signe de douleur. Un enfant se laissa brûler la main dans un sacrifice que faisait Alexandre, sans faire aucun mouvement; du moins les historiens le disent. Ceux qui se faisaient fouetter devant l'autel de Diane ne fronçaient pas le sourcil.
L'immobilité est volontaire, aussi bien dans les gestes que dans les regards. On est libre de se mouvoir ou de ne se mouvoir pas, pour peu qu'on ait de fermeté dans les nerfs. Les clameurs et jappements que les possédés faisaient entendre dans leur ventre sont expliqués par nos ventriloques.
On attribuait aussi à la présence du diable les piqûres d'aiguille ou de lancette sans effusion de sang. Mais dans les mélancoliques, le sang, qui est épais et grossier, ne peut souvent sortir par une petite ouverture, et les médecins disent que certaines personnes piquées de la lancette ne saignent point.
On regardait encore comme possédés les gens d'un estomac faible, qui ne digérant point, rendaient les choses telles qu'ils les avaient avalées. Les fous et les maniaques avaient la même réputation. Les symptômes de la manie sont si affreux, que nos ancêtres sont très excusables de l'avoir mise sur le compte des esprits malins.
Par ailleurs, on a publié un traité sur les démoniaques intitulé Recherches sur ce qu'il faut entendre par les démoniaques dont il est parlé dans le Nouveau Testament (1738).


Les possédées de Flandre

L'affaire des possédées de Flandre, au XVIIe siècle, a fait trop de bruit pour que nous puissions nous dispenser d'en parler. Leur histoire a été écrite en deux volumes, par les pères Domptius et Michaelis.
Ces possédées étaient trois femmes qu'on exorcisa à Douay. L'une était Didyme, qui répondait en vers et en prose, disait des mots latins et des mots hébreux, et faisait des impromptus. C'était une religieuse infectée d'hérésie et convaincue de mauvaises mœurs. La seconde était une fille appelée Simone Dourlet, qui ne répugnait pas à passer pour sorcière. La troisième était Marie de Sains, qui allait au sabbat et prophétisait par l'esprit de Satan.
La presse du temps a publié un factum curieux intitulé Les Confessions de Didyme, sorcière pénitente, avec les choses qu'elle a déposées touchant la synagogue de Satan. Plus, les instances que cette complice (qui depuis est rechutée) a faites pour rendre nulles ses premières confessions: véritable récit de tout ce qui s'est passé en cette affaire (1623). On voit, dans cette pièce, que Didyme n'était pas en réputation de sainteté, mais suspecte au contraire à cause de ses mœurs fâcheuses. On la reconnut possédée et sorcière. On découvrit, le 29 mars 1617, qu'elle avait sur le dos une marque faite par le diable. Elle confessa avoir été à la synagogue (c'est ainsi qu'elle nommait le sabbat), y avoir eu commerce avec le diable et y avoir reçu ses marques. Elle s'accusa d'avoir fait des maléfices, d'avoir reçu du diable des poudres pour nuire, et de les avoir employées avec certaine formule de paroles terribles. Elle avait, disait-elle, un démon familier de l'ordre de Belzébuth. Elle dit encore qu'elle avait entrepris d'ôter la dévotion à sa communauté pour la perdre; que, pour elle, elle avait mieux aimé le diable que son Dieu. Elle avait, renoncé à Dieu, livrant corps et âme au démon; ce qu'elle avait confirmé en donnant au diable quatre épingles; convention qu'elle avait signée de son sang, tiré de sa veine avec une petite lancette que le diable lui avait fournie. Elle se confessa encore de plusieurs abominations, et dit qu'elle avait entendu parler au sabbat d'un certain grand miracle par lequel Dieu exterminera la synagogue. Et alors ce sera fait de Belzébuth qui sera plus puni que les autres. Elle parla de grands combats que lui livraient le diable et la princesse des enfers pour empêcher sa confession. Puis elle désavoua tout ce qu'elle avait confessé, s'écriant que le diable la perdait. Était-ce folie? Dans tous les cas cette folie était affreuse.
Marie de Sains disait de son côté qu'elle s'était aussi donnée au diable; qu'elle avait assisté au sabbat; qu'elle y avait adoré le diable, une chandelle noire à la main. Elle prétendit que l'Antéchrist était venu, et elle expliquait l'Apocalypse.
Simone Dourlet avait aussi fréquenté le sabbat. Mais comme elle témoignait du repentir, on la mit en liberté, car elle était arrêtée comme sorcière. Un jeune homme de Valenciennes, de ces jeunes gens dont la race n'est pas perdue, pour qui le scandale est un attrait, s'éprit alors de Simone Dourlet et voulut l'épouser. L'ex-sorcière y consentit. Mais le comte d'Estaires la fit remettre en prison, où elle fut retenue longtemps avec Marie de Sains. Didyme fut brûlée.

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