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La croyance relative à Roderik (ou Rodrigue)



L'offense de Roderik

Roderik, dernier roi des Goths en Espagne, se rendit fameux par ses crimes et ses débauches au commencement du VIIIe siècle. Mais il y eut une fin. Il était devenu épris de la fille du comte Julien, l'un des grands seigneurs de l'Espagne. Il la déshonora et la renvoya ensuite de la cour. Le comte Julien, qui était alors en ambassade chez les Maures d'Afrique, n'eut pas plutôt appris sa honte et le malheur de sa fille, qu'il forma la résolution de se venger.


La vengeance de Julien

Julien fit venir sa famille en Afrique, demanda aux Maures leur appui et promit de leur livrer toute l'Espagne. Cette proposition fut avidement reçue. Une armée partit sous la conduite du prince Mousa et de Julien lui-même. Ils débarquèrent en Espagne et s'emparèrent de quelques villes avant que Roderik fut instruit de leur approche.
Il y avait auprès de Tolède une vieille tour déserte, que l'on appelait la tour enchantée. Personne n'avait osé y pénétrer, parce qu'elle était fermée de plusieurs portes de fer. Mais on disait qu'elle renfermait d'immenses trésors. Roderik, ayant besoin d'argent pour lever une armée contre les Maures, se décida à visiter cette tour, malgré les avis de tous ses conseillers. Après en avoir parcouru plusieurs pièces, il fit enfoncer une grande porte de fer battu, que mille verrous, dit-on, fermaient intérieurement. Il entra dans une galerie où il ne trouva qu'un étendard de plusieurs couleurs, sur lequel on lisait ces mots: Lorsqu'on ouvrira cette tour, les barbares s'empareront de l'Espagne...
Aboulkacim Tarista-Ben-Tarik, historien arabe, ajoute que malgré son effroi, Roderik, ayant fait faire certains flambeaux que l'air de la cave ne pouvait éteindre, poursuivit sa recherche suivi de beaucoup de personnes. A peine eut-il fait quelques pas, qu'il se trouva dans une belle salle enrichie de sculptures, au milieu de laquelle on voyait une statue de bronze qui représentait le Temps, sur un piédestal de trois coudées de haut. Elle tenait de la main droite une masse d'armes, avec laquelle elle frappait de temps en temps la terre, dont les coups, retentissant dans la cave, faisaient un bruit épouvantable. Roderik, loin de s'effrayer, s'approcha du fantôme, l'assura qu'il ne venait faire aucun désordre dans le lieu de sa demeure, et lui promit d'en sortir dès qu'il aurait vu les merveilles qui l'entouraient. Alors la statue cessa de battre la terre. Le roi, encourageant les siens par son exemple, fit une visite exacte de cette salle, à l'entrée de laquelle on vit une cave ronde, d'où sortait un jet d'eau qui faisait un sourd murmure. Sur l'estomac de la statue du Temps était écrit en arabe: Je fais mon devoir. Et sur le dos: A mon secours! A gauche on lisait ces mots sur la muraille: Malheureux prince, ton mauvais destin t'a amené ici. Et ces mots-ci à droite: Tu seras détrôné par des nations étrangères, et tes sujets, aussi bien que toi, seront châtiés. Roderik, ayant contenté sa curiosité, s'en retourna. Et dès qu'il eut tourné le dos, la statue recommença ses coups. Le prince sortit, fit refermer les portes et marcha à la rencontre des ennemis.
La bataille se livra un dimanche, au pied de la Sierra-Moréna. Elle dura huit jours. L'armée espagnole fut taillée en pièces, et Roderik disparut du milieu des siens sans qu'on sût jamais ce qu'il était devenu.


Les vision des trois anachorètes

On pensa que Roderik avait été emporté par le diable, puisqu'il fut impossible de découvrir son corps après le combat, et qu'on ne retrouva que son cheval, ses vêtements et sa couronne au bord d'une petite rivière. Ce qui confirme encore cette opinion dans l'esprit du peuple espagnol, c'est que le lendemain de la bataille, trois anachorètes, qui vivaient dans la pénitence à quelques lieues de Tolède, eurent ensemble la vision suivante:
Une heure avant le retour de l'aurore, ils aperçurent, devant eux une grande lumière et plusieurs démons qui emmenaient Roderik en le traînant par les pieds. Malgré l'altération de sa figure, il leur fut aisé de le reconnaître à ses cris et aux reproches que lui faisaient les démons. Les trois ermites gardèrent le silence de l'effroi à ce spectacle. Tout à coup ils virent descendre du ciel la mère de Roderik, accompagnée d'un vénérable vieillard qui cria aux démons de s'arrêter.
« — Que demandez-vous, répondit le plus grand diable de la troupe?
— Nous demandons grâce pour ce malheureux, répliqua la mère.
— Il a commis trop de crimes pour qu'on l'ôte de nos mains, s'écrièrent les démons. Et les saints ne peuvent l'avoir en leur compagnie. »
La mère de Roderik et le vieillard qui l'accompagnait reprenaient la parole, quand la fille du comte Julien parut et dit d'une voix haute:
« — Il ne mérite point de pitié. Il m'a perdue. Il a porté le désespoir dans ma famille et la désolation dans le royaume. Je viens de mourir précipitée du haut d'une tour. Et ma mère expire écrasée sous un monceau de pierres. Que ce monstre soit jeté dans l'abîme, et qu'il se souvienne des maux qu'il a faits.
— Qu'on le laisse vivre quelque temps encore, reprit la mère de Roderik, il fera pénitence. »
Alors on entendit dans les airs une voix éclatante qui prononça ces paroles: « Les jours de Roderik sont à leur terme. La mesure est comblée. Que la justice éternelle s'accomplisse! » Et aussitôt ceux qui étaient descendus d'en haut y remontèrent. La terre s'entrouvrit, les démons s'engloutirent avec Roderik au milieu d'une épaisse fumée, et les trois anachorètes ne trouvèrent plus dans l'endroit où tout cela venait de se passer, qu'un sol aride et une végétation éteinte.
Toute cette vision n'est rapportée que par un historien aujourd'hui peu connu, et bien des gens ne la regarderont que comme une vision. L'histoire ne parle de Roderik qu'avec blâme, et son nom est resté impur pour la postérité.

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