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La croyance relative à Tondal


Un soldat nommé Tondal, à la suite d'une vision ou d'un songe, raconte qu'il avait été conduit par un ange dans les enfers. Il avait vu et senti les tourments qu'on y éprouve. L'ange le conduisit, dit-il, dans un grand pays ténébreux, couvert de charbons ardents. Le ciel de ce pays était une immense plaque de fer brûlant, qui avait neuf pieds d'épaisseur.


Le voyage de Tondal aux enfers

Il vit d'abord le supplice de plusieurs âmes qu'on mettait dans des vases bien fermés et qu'on faisait fondre. Après cela, il arriva auprès d'une montagne chargée de neige et de glaçons sur le flanc droit, couverte de flammes et de soufre bouillant sur le flanc gauche. Les âmes qui s'y trouvaient passaient alternativement des bains chauds aux bains glacés, et sortaient de la neige pour entrer dans la chaudière. Les démons de cette montagne avaient des fourches de fer et des tridents rougis au feu, avec lesquels ils emportaient les âmes d'un lieu à l'autre.
Tondal vit ensuite une multitude de pécheurs plongés jusqu'au cou dans un lac de poix et de soufre.
Un peu plus loin, il se trouva devant une bête terrible, d'une grandeur extraordinaire. Cette bêle se nommait l'Achéron. Elle vomissait des flammes et puait considérablement. On entendait dans son ventre des cris et des hurlements d'hommes et de femmes. L'ange, qui avait sans doute ordre de donner à Tondal une leçon, se retira à l'écart sans qu'il s'en aperçût, et le laissa seul devant la bête. Aussitôt une meule de démons se précipita sur lui, le saisit et le jeta dans la gueule de la grosse bête, qui l'avala comme une lentille.
Il est impossible d'exprimer, dît-il, tout, ce qu'il souffrit dans le ventre de ce monstre. Il s'y trouva dans une compagnie extrêmement triste, composée d'hommes, de chiens, d'ours, de lions, de serpents et d'une foule d'autres animaux inconnus, qui mordaient cruellement et qui n'épargnèrent point le passager. Il éprouva les horreurs du froid, la puanteur du soufre brûlé ainsi que d'autres désagréments.


L'épreuve de la traversée du lac

L'ange vint le tirer de là et lui dit: « Tu viens d'expier tes petites fautes d'habitude. Mais tu as autrefois volé une vache à un paysan, ton compère. La voilà, cette vache. Tu vas la conduire de l'autre côté du lac, qui est devant nous. »
Tondal vit donc une vache indomptée à quelques pas de lui. Il se trouva sur le bord d'un étang bourbeux qui agitait ses flots avec fracas. On ne pouvait le traverser que sur un pont si étroit, qu'un homme en occupait toute la largeur avec ses pieds.
« — Hélas! dit en pleurant le pauvre soldat, comment pourrai-je traverser avec une vache ce pont où je n'oserais me hasarder seul?
— Il le faut, répliqua l'ange. »
Tondal, après bien des peines, saisit la vache par les cornes et s'efforça de la conduire au pont. Mais il fut obligé de la traîner, car lorsque la vache était debout, en disposition de faire un pas, le soldat tombait de sa hauteur. Et quand le soldat se relevait, la vache s'abattait à son tour. Ce fut avec bien des peines que l'homme et la vache arrivèrent au milieu du pont.
Alors Tondal se trouva nez à nez avec un autre homme qui passait le pont comme lui. Il était chargé de gerbes qu'il était condamné à porter sur l'autre bord du lac. Il pria le soldat de lui laisser le passage. Tondal le conjura de ne pas l'empêcher de finir une pénitence qui lui avait déjà donné tant de peines. Mais personne ne voulut reculer. Après qu'ils se furent disputés assez longtemps, ils s'aperçurent tous deux, à leur grande surprise, qu'ils avaient traversé le pont tout entier sans faire un pas.
L'ange conduisit alors Tondal dans d'autres lieux non moins horribles, et le ramena ensuite dans son lit. Il se leva et se conduisit mieux depuis.

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