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La croyance relative à Walter Scott



Un célèbre romancier

L'illustre romancier Walter Scott a publié sur la Démonologie et les sorciers un recueil de lettres intéressantes qui expliquent et qui éclaircissent les particularités mystérieuses, les croyances et les traditions populaires dont il a fait usage si souvent et si heureusement dans ses romans célèbres. Peut-être les opinions religieuses de l'auteur ont-elles laissé dans son esprit un peu trop de scepticisme. Peut-être est-il trop enclin à ne voir, dans les matières qui font le sujet de ses lettres, que les aspects poétiques. Il est toutefois agréable de suivre le grand écrivain dans des recherches aussi piquantes.


Première lettre: les apparitions

Dans la première lettre, il établit que le dogme incontestable d'une âme immatérielle a suffi pour accréditer la croyance aux apparitions. Il voit dans la plupart des apparitions de véritables hallucinations. Il a raison en général. Mais il ne faut pas faire de cette explication un système, à la manière des esprits qui veulent tout comprendre, dans un monde où nous sommes environnés de tant de choses que nous ne comprenons pas. C'est une hallucination épidémique que l'exemple cité de l'Écossais Patrick Waller, si, en effet, il n'y avait là que les phénomènes d'une aurore boréale.
« En l'année 1686, aux mois de juin et de juillet, dit l'honnête Walker, plusieurs personnages encore vivants peuvent attester que, près le bac de Crosford, deux milles au dessous de Lanark, et particulièrement aux Mains, sur la rivière de la Clyde, une grande foule de curieux se rassembla plusieurs fois après midi pour voir une pluie de bonnets, de chapeaux, de fusils et d'épées. Les arbres et le terrain en étaient couverts: des compagnies d'hommes armés marchaient en l'air le long de la rivière, se ruaient les unes contre les autres, et disparaissaient pour faire place à d'autres bandes aériennes. Je suis allé là trois fois consécutivement dans l'après-midi, et j'ai observé que les deux tiers des témoins avaient vu, et que l'autre tiers n'avait rien vu. Quoique je n'eusse rien vu moi-même, ceux qui voyaient avaient une toile frayeur et un tel tremblement, que ceux qui ne voyaient pas s'en apercevaient bien. Un gentilhomme, tout près de moi, disait: « Ces damnés sorciers ont une seconde vue. Car le diable m'emporte si je vois quelque chose » et sur-le-champ il s'opéra un changement dans sa physionomie. Il voyait. Plus effrayé que les autres, il s'écria: « Vous tous qui ne voyez rien, ne dites rien, car je vous assure que c'est un fait visible pour tous ceux qui ne sont pas aveugles. » Ceux qui voyaient ces choses-là pouvaient décrire les espèces de batteries des fusils, leur longueur et leur largeur, et la poignée des épées, les ganses des bonnets , etc. »
Ce phénomène singulier, auquel la multitude croit, bien que seulement les deux tiers eussent vu peut se comparer, ajoute Walter Scott, à l'action de ce plaisant qui, se posant dans l'attitude de l'étonnement, les yeux fixés sur le lion de bronze bien connu qui orne la façade de l'hôtel de Northumberland dans le Strand (à Londres), attira l'attention de ceux qui le regardaient en disant: « Par le ciel, il remue!... il remue de nouveau! » et réussit ainsi en peu de minutes à faire obstruer la rue par une foule immense; les uns s'imaginant avoir effectivement aperçu le lion de Percy remuer la queue; les autres attendant pour admirer la même merveille.
De véritables hallucinations sont enfantées par une funeste maladie que diverses causes peuvent faire naître. La source la plus fréquente de cette maladie, est dans les habitudes d'intempérance de ceux qui, par une suite d'excès de boissons, contractent ce que le peuple nomme les diables bleus, sorte de spleen ou désorganisation mentale. Les joyeuses illusions que dans les commencements enfanté l'ivresse s'évanouissent avec le temps, et dégénèrent en impressions d'effroi.


Deuxième lettre: le péché originel

Dans la deuxième lettre, Walter Scott s'arrête à la tradition du péché originel. Il y trouve l'origine de l'histoire des communications de l'homme avec les esprits. Il reconnaît que les sorciers et magiciens, condamnés par la loi de Moïse, méritaient la mort, comme imposteurs, comme empoisonneurs, comme apostats, et remarque avec raison qu'on ne voyait pas chez les juifs et chez les anciens, dans ce qu'on appelait un magicien ou un devin, ce que nous voyons dans les sorciers du moyen âge, sur lesquels, au reste, nous ne sommes encore qu'à demi éclairés. Au moyen âge, on croyait très généralement que les Sarrasins, dans leurs guerres, étaient, comme insignes sorciers, assistés par le diable. L'auteur rapporte un exemple que voici, tiré du roman de Richard Cœur-de-Lion:
Le fameux Saladin, y est-il dit, avait envoyé une ambassade au roi Richard, avec un jeune cheval qu'il lui offrait comme un vaillant destrier. Il défiait en même temps Cœur-de-Lion à un combat singulier en présence des deux armées, dans le but de décider tout d'un coup sur leurs prétentions à la Palestine et sur la question théologique de savoir quel était le vrai Dieu, ou le Dieu des chrétiens, ou Jupiter, divinité des Sarrasins. Mais ce semblant de défi chevaleresque cachait une perfidie dans laquelle l'esprit malin jouait un rôle. Un prêtre sarrasin avait conjuré deux démons dans le corps d'une jument et de son poulain, leur donnant pour instruction que, chaque fois que la jument hennirait, le poulain, qui était d'une taille peu commune, devrait s'agenouiller pour téter sa mère. Le poulain maléficié fut envoyé au roi Richard, dans l'espoir qu'il obéirait au signal accoutumé, et que le Soudan, monté sur la mère, aurait ainsi l'avantage.
Mais le monarque anglais fut averti par un songe du piège qu'on lui tendait, et avant le combat le poulain fut exorcisé, avec ordre de rester docile à la voix de son cavalier durant le choc. L'animal endiablé promit soumission en baissant la tête. Et cette promesse n'inspirant pas assez de confiance, on lui boucha encore les oreilles avec de la cire. Ces précautions prises, Richard, armé de toutes pièces, courut à la rencontre de Saladin, qui, se confiant dans son stratagème, l'attendit de pied ferme. La cavale hennit de manière à faire trembler la terre à plusieurs milles à la ronde. Mais le poulain ou démon, que la cire empêchait d'entendre le signal, n'y put obéir. Saladin désarçonné n'échappa que difficilement à la mort, et son armée fut taillée en pièces par les chrétiens.


Troisième lettre: la démonologie et les sorciers

La troisième lettre est consacrée à l'élude de la démonologie et des sorciers chez les Romains, chez les Celtes et chez les différents peuples du Nord. Les superstitions des anciens Celtes subsistent encore en divers lieux, dit l'auteur, et les campagnards les observent sans songer à leur origine. Vers 1769, lorsque M. Pennant entreprit son voyage, la cérémonie de Baaltein ou Beltane, ou du 1er de mai, était strictement observée, quoique avec variations dans les différentes parties des montagnes. Le gâteau cuit au four avec des cérémonies particulières était partagé en plusieurs portions offertes aux oiseaux ou bêtes de proie, afin que ces animaux, ou plutôt les êtres dont ils n'étaient que les agents, épargnassent les troupeaux.
Une autre coutume du même genre a longtemps fleuri en Ecosse. Dans plusieurs paroisses, on laissait une portion de terrain, qu'on nommait le clos de Gudeman, sans le labourer ni le cultiver. Personne ne doutait que le clos du bonhomme (Gudeman) ne fût consacré à quelque esprit malfaisant. En effet, c'était la portion de Satan lui-même, que nos ancêtres désignaient par un nom qui ne pût offenser ce terrible habitant des régions du désespoir. Cet abus devint si général que l'Église publia à ce sujet une ordonnance qui le traite d'usage impie et scandaleux. Et il existe encore plusieurs personnes qui ont été habituées à regarder avec effroi tout lieu inculte, dans l'idée que, lorsqu'on y voudra porter la charrue, les esprits qui l'habitent manifesteront leur colère. Nous-mêmes nous connaissons beaucoup d'endroits voués à la stérilité par une superstition populaire dans le pays de Galles, en Irlande et en Ecosse.


Quatrième et cinquième lettre: les fées

La quatrième et la cinquième lettre sont consacrées aux fées. Nous continuerons d'en présenter des extraits. Les classiques, dit l'illustre auteur, n'ont pas oublié d'enrôler dans leur mythologie une certaine espèce de divinités inférieures, ressemblant par leurs habitudes aux fées modernes.
Le docteur Leyden, qui a épuisé sur les fées comme sur beaucoup d'autres sujets, les trésors de son érudition, a trouvé la première idée des êtres connus sous le nom de Fées dans les opinions des peuples du Nord concernant les duergars ou nains. Ces nains étaient pourtant, il faut l'avouer, des esprits d'une nature plus grossière, d'une vocation plus laborieuse, d'un caractère plus méchant, que les fées proprement dites, qui étaient de l'invention des Celtes. Les duergars n'étaient originairement que les naturels, diminués de taille, des nations laponne, finlandaise et islandaise, qui, fuyant devant les armes conquérantes des Asœ, cherchèrent les régions les plus reculées du Nord, et s'efforcèrent d'échapper à leurs ennemis de l'Orient. On a supposé que ces pauvres gens jouissaient, en compensation de leur taille inférieure, d'une puissance surnaturelle. Ils obtinrent ainsi le caractère des esprits allemands appelés kobolds, desquels sont évidemment dérivés les gobelins anglais et les bogles écossais. Les kobolds, espèce de gnomes qui habitaient les lieux noirs et solitaires, se montraient souvent dans les mines, où ils semblaient imiter les travaux des mineurs, et prendre plaisir à les tromper. Parfois ils étaient méchants, surtout si on les négligeait ou si on les insultait. Mais parfois aussi ils étaient bienveillants. Quand un mineur découvrait une riche veine, on concluait, non pas qu'il eût plus d'habileté ou de bonheur que ses compagnons, mais que les esprits de la mine l'avaient dirigé. L'occupation apparente de ces gnomes souterrains ou démons conduisit naturellement à identifier le Finlandais ou le Lapon avec le kobold. Mais ce fut un plus grand effort d'imagination qui confondit cette race solitaire et sombre avec l'esprit joyeux qui correspond à la fée.
Suivant la vieille croyance norse, ces nains forment la machine ordinaire des Sagas du Nord. Dans les Nicbelungen, un des plus vieux romans de l'Allemagne, compilé, à ce qu'il semblerait, peu après l'époque d'Attila, Théodoric de Berne ou de Vérone figure parmi un cercle de champions, qu'il préside. Entre autres vaincus célèbres domptés par lui, est l'Elf-roi ou Nain-Laurin, dont la demeure était dans un jardin de rosiers enchantés, et qui avait, pour gardes-du-corps des géants. Il fut pour Théodoric et ses chevaliers un formidable antagoniste. Mais comme il essaya d'obtenir la victoire par trahison, il fut, après sa défaite, condamné à remplir l'office déshonorant de bouffon ou jongleur à la cour de Vérone.
Cette possession d'une sagesse surnaturelle est encore imputée par les naturels des îles Orcades et Shetland aux êtres appelés droics, mot qui est une corruption de duergar ou dicarf: ces êtres peuvent, sous beaucoup d'autres rapports, être identifiés avec les fées calédoniennes. Les Irlandais, les Gallois, les Gaëls ou Highlanders écossais, toutes tribus d'origine celtique, assignaient aux hommes de paix, aux bons voisins, ou de quelque autre nom qu'ils appelassent les pygmées champêtres, des habitudes plus sociales et un genre de vie beaucoup plus gai que ces rudes et nombreux travaux des duergars sauvages. Leurs elves n'évitaient pas la société des hommes, quoiqu'ils se conduisissent envers ceux qui entraient en relations avec eux d'une manière si capricieuse qu'il était dangereux de leur déplaire.
Les occupations, les bienfaits, les amusements des fées ressemblaient en tout à ces êtres aériens. Leur gouvernement fut toujours représenté comme monarchique. Un roi, plus fréquemment une reine des fées, étaient reconnus, et parfois tenaient ensemble leur cour. Leur luxe, leur pompe, leur magnificence dépassaient tout ce que l'imagination pouvait concevoir. Dans leurs cérémonies, ils se pavanaient sur des coursiers splendides. Les faucons et les chiens qu'ils employaient à la chasse étaient de la première espèce. A leurs banquets de tous les jours, la table était servie, avec une opulence que les rois les plus puissants ne pouvaient égaler. Leurs salles de danse retentissaient de la plus exquise musique. Mais vue par l'œil d'un prophète, l'illusion s'évanouissait. Les jeunes chevaliers et les jolies dames ne semblaient plus que des rustres ridés et de hideuses souillons. Leurs pièces d'argent se changeaient en ardoise, leur brillante vaisselle en corbeilles d'osier bizarrement tressées, et leurs mets, qui ne recevaient aucune saveur du sel (le sel leur étant défendu parce qu'il est l'emblème de l'éternité), devenaient insipides et sans goût. Les magnifiques salons se transformaient en misérables cavernes humides. Toutes ces délices de l'Elysée des fées s'anéantissaient en même temps
Une hostilité sérieuse était, supposait-on, constamment pratiquée par les fées contre les mortels. Elle consistait à enlever leurs enfants et à les élever comme s'ils appartenaient à leur race. Les enfants non baptisés étaient principalement exposés à ce malheur. Mais les adultes pouvaient aussi être arrachés à la terre, s'ils avaient commis quelque action qui les soumît au pouvoir de ces esprits, et, par exemple, pour nous servir de la phrase légale, s'ils avaient été pris sur le fait. S'endormir sur une montagne dépendante du royaume des fées, où il se trouvait que leur cour fût pour le moment tenue, était un moyen facile d'obtenir un passe-port pour Elfland, c'est-à-dire l'île des fées. Heureux encore le coupable, si les fées dans leur courroux se contentaient en pareille occasion de le transporter à travers les airs dans une ville éloignée d'une quarantaine de milles, et de laisser peut-être son chapeau ou son bonnet sur quelque clocher, pour marquer la droite ligne de la course. D'autres, qui faisaient une action illégale, ou s'abandonnaient à quelque passion invétérée, s'exposaient aussi à aller habiter la fameuse île. Cette croyance existait en Irlande.
La raison assignée à cet usage de voler des enfants, si habituellement pratiqué par les fées, venait, dit-on, de ce qu'elles étaient obligées de payer aux régions infernales un tribut annuel de leur population, tribut dont elles tâchaient de se défrayer en livrant, au prince de ces régions, les enfants de la race humaine plutôt que les leurs. De ce fait, on doit conclure qu'elles avaient elles-mêmes des descendants, comme le soutiennent plusieurs autorités, et particulièrement M. Kirke, ministre d'Aberfoyle. Il ajoute, il est vrai, qu'après une certaine durée de vie, ces esprits sont sujets à la loi universelle de la mortalité; opinion qui cependant a été controversée.


Sixième lettre: les esprits familiers

La sixième lettre traite principalement des esprits familiers, dont le plus illustre était le célèbre Puck ou Robin Goodfellovv, qui, chez les sylphes, jouait en quelque sorte le rôle de fou ou de bouffon de la compagnie. Ses plaisanteries étaient du comique à la fois le plus simple et le plus saugrenu: égarer un paysan qui se rendait chez lui, prendre la forme d'un siège, afin de faire tomber une vieille commère sur son derrière, lorsqu'elle croyait s'asseoir sur une chaise, étaient ses principales jouissances. S'il se prêtait à faire quelque travail pour les gens de la maison pendant leur sommeil, c'était à condition qu'on lui donnerait un déjeuner délicat.


Septième, huitième et neuvième lettre: la sorcellerie

La septième, la huitième et lu neuvième lettres s'occupent des sorciers et de la sorcellerie. Nous n'en reproduirons rien, non plus que de la dernière, consacrée aux devins et aux revenants, tout ce dictionnaire étant parsemé à ce sujet de faits et de documents qui suffisent au lecteur curieux.

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