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La croyance relative à Mélusine


Jean d'Arras ayant recueilli, sur la fin du XIVe siècle, tous les contes qu'on faisait sur Mélusine, en composa, ce qu'il appelle la chronique de cette princesse.


L'accouchement de la mère de Mélusine

Mélusine fut l'aînée de trois filles, que sa mère, Pressine, trois d'Élinas, roi d'Albanie, eut d'une seule couche. Pressine avait exigé d'Elinas qu'il n'entrerait point dans sa chambre jusqu'à ce qu'elle fût relevée.
Le désir de voir ses enfants le fit manquer à sa promesse. Pressine, qui était une sylphide ou une fée, fut donc forcée de le quitter; ce qu'elle fit, ayant emmené avec elle ses trois filles, auxquelles d'une haute montagne elle montrait le pays albanais, où elles eussent régné sans la fatale curiosité de leur père. Les trois sœurs, pour s'en venger, enfermèrent leur père dans la montagne de Brundelois.


Le mariage de Mélusine

Pressine aimait encore son mari. Elle les punit par différents châtiments. Celui de Mélusine fut d'être moitié serpent tous les samedis, et d'être fée jusqu'au jour du jugement, à moins qu'elle ne trouvât un chevalier qui voulût être son mari, et qui ne vît jamais sa forme de serpent. Raimondin, fils du comte de Forez, ayant rencontré Mélusine dans un bois, l'épousa. Cette princesse bâtit le château de Lusignan.


Les enfants de Mélusine

Son premier enfant fut un fils nommé Vriam, en tout bien formé, excepté qu'il avait le visage court et large en travers. Il avait un œil rouge et l'autre bleu, et les oreilles aussi grandes que les manilles d'un van. Le second fut Odon, qui était beau et bien formé, mais il avait une oreille plus grande que l'autre. Le troisième fut Guion, qui fut bel enfant, mais il eut un œil plus haut que l'autre. Le quatrième fut Antoine: nul plus bel enfant no fut vu, mais il apporta en naissant une griffe de lion sur la joue. Le cinquième fut Regnault. Il fut bel enfant, mais il n'eut qu'un œil, dont il voyait si bien qu'il voyait de 21 lieues. Le sixième fut Geoffroi, qui naquit avec une grande dent qui lui sortait de la bouche de plus d'un pouce, d'où il fut nommé Geoffroi à la grande dent. Le septième fut Froimond, assez beau, qui eut sur le nez une petite tache velue comme la peau d'une taupe. Le huitième fut grand à merveille. Il avait trois yeux, desquels il s'en trouvait un au milieu du front.
Vriam et Guion étant allés avec une armée secourir le roi de Chypre contre les Sarrasins, et les ayant taillés en pièces, Vriam épousa Hermine, fille et héritière du roi de Chypre, et Guion, la belle Florie, fille du roi d'Arménie. Antoine et Regnault étant allés au secours du duc de Luxembourg, Antoine épousa Christine, fille de ce prince, et Regnault, Aiglantine, fille et héritière du roi de Bohême. Des quatre autres fils de Mélusine, un fut roi de Bretagne, l'autre seigneur de Lusignan, le troisième comte de Parthenay, et le dernier se fit religieux.


Mélusine devenue fée

Raimondin ne tint pas la promesse qu'il avait faite à Mélusine de ne jamais la voir le samedi. Il fit une ouverture avec son épée dans la porte de la chambre où elle se baignait. Il la vit en forme de serpent. Mélusine ne put dès lors demeurer avec lui, et s'envola par une fenêtre sous la même forme. Elle demeurera fée jusqu'au jour du jugement. Et lorsque Lusignan change de seigneur, ou qu'il doit mourir quelqu'un de sa lignée, elle paraît trois jours avant sur les tours du château, et y pousse de grands cris.


Quelques avis et anecdotes au sujet de Mélusine

Selon quelques démonomanes, Mélusine était un démon de la mer. Paracelse prétend que c'était une nymphe cabalistique. Le plus grand nombre en fait une fée puissante.
Le beau château de Lusignan passa dans le domaine royal. Hugues-le-Brun avait fait à Philippe-le-Bel des legs considérables. Guy son frère, irrité, jeta le testament au feu. Le roi le fit accuser de conspiration et confisqua le château de Lusignan. A cette occasion, l'ombre de Mélusine se lamenta sur la plate-forme du château pendant douze nuits consécutives.
On dit ailleurs que cette Mélusine ou Merline était une dame fort absolue, et commandait avec une telle autorité que, lorsqu'elle envoyait des lettres ou patentes scellées de son sceau ou cachet, sur lequel était gravée une sirène, il ne fallait plus songer qu'à obéir aveuglément. C'est de là qu'on a pris sujet de dire qu'elle était magicienne, et qu'elle se changeait quelquefois en sirène.

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